« LA QUÊTE » D’ORELSAN – ANALYSE

On ne présente plus Orelsan, rappeur français reconnu.

N’étant pas une grande admiratrice de rap, mais étant une admiratrice des mots, je me suis ouverte à ce genre musical depuis ces 5 dernières années. En effet, certains rappeurs comme Scylla, Bigflo et Oli, Kery James ou encore Diam’s proposent des textes travaillés et au sens profond. C’est ce qui m’a amenée à tendre l’oreille et à apprécier écouter certains rappeurs.

C’est le cas d’Orelsan. Pour cette analyse j’ai choisi de parler d’un de ses derniers titres, « La Quête », issus de son dernier album « Civilisation ».

Le thème de ce morceau est le temps : celui qui passe, qui nous échappe, parfois, celui qui traîne un peu trop ou bien, au contraire, celui qui file à toute vitesse. Le temps passe et laisse des traces, certaines plus visibles que d’autres. L’Homme est un bon modèle de démonstration de ces changements que le temps opère : un bébé qui naît, un enfant qui grandit, un adulte qui construit et un vieillard qui contemp(s)le.

A l’aube de ses 40 ans, Orelsan fait une rétrospective de sa vie. De son enfance à aujourd’hui, il voit sa vie défiler. Ses paroles donnent le ton dés le début : « Rien ne peut me ramener plus en arrière que l’odeur de la pâte à modeler ». Comme la madeleine de Proust qui le ramenait, lui aussi, dans son enfance lui rappelant sa grand-mère, Orelsan est ramené, ici, à l’école maternelle auprès de sa mère. Sa vie passe devant ses yeux et commence ainsi une description de sa vie, avec des verbes conjugués au présent, donnant ainsi l’effet à l’auditeur de participer à ce voyage dans le temps avec Orelsan, de le vivre, de l’imaginer de manière plus explicite. Le présent ancre l’histoire de manière plus réelle et plus visuelle et accentue l’empathie de celui qui écoute. En effet, ce détail nous rend spectateur de cette rétrospective. Le présent des verbes utilisés permet de visualiser les scènes là où une histoire racontée au passé composé ou à l’imparfait nous laisserait dans notre position d’auditeur, limitant les effets du voyage temporel que veut nous faire vivre Orelsan. Grâce à cela, l’histoire que nous raconte Orelsan nous paraît actuelle et plus nette : « Maman est pof de maternelle […] J’ai cinq ans et j’passe par la fenêtre […] J’balaye les feuilles mortes sur le terrain […] J’rentre au collège, on m’traite de bourge […] »

Seuls les quelque temps du passé nous ramènent à la fatalité du temps qui passe. Ils nous font prendre conscience que ce présent qu’Orelsan décrit n’existe plus et c’est dans cette prise de conscience que réside tout le message du morceau, très caractéristique dans le refrain, où les âges défilent au fur et à mesure que la chanson avance…dans le temps.

« À onze ans, j’voulais juste en avoir treize
À treize ans, j’étais pressé d’voir le reste
Aujourd’hui, j’aimerais mieux qu’le temps s’arrête
Ah, c’qui compte c’est pas l’arrivée, c’est la quête
« 

Mais, à travers cette chanson, Orelsan rend également hommage à sa famille et leur témoigne toute la reconnaissance qu’il leur porte pour avoir été là durant toutes ces années : « Elle m’dit, « T’es pas censé être là, j’ai dit, « Près d’toi, c’est là ma place », en parlant de sa mère, ou bien « Mon père, mon héros » et encore « Les choses que j’ose dire à personne sont les mêmes qu’ils remplissent des salles. Maman est là, mon père est fier, et l’univers est pas si mal ».

J’aime beaucoup le message de ce morceau d’Orelsan et sa manière de l’aborder. Dans le même style, j’avais adoré (et préféré) le morceau « Notes pour trop tard » présent dans son album précédent et pour lequel je ferai une analyse également. On se reconnait forcément tous dans ce genre de chanson qui parle du temps qui passe dans nos vies.

En ce qui concerne la chanson « La Quête », on a tous été enfant, on a (presque) tous idolâtré nos parents, puis on les a tous rejetés ado, et on s’est tous rapproché d’eux devenant adultes et parents. On a tous eu hâte d’avoir plus que notre âge, pensant, souvent à tort, qu’être plus vieux c’était mieux. Maintenant que l’on est vieux pour des enfants de 8 ans (oui, à partir de 30 ans, pour un enfant de 8 ans, c’est vieux…haha !) on voit les choses différemment. Mon beau-fils de 10 ans dit souvent qu’on a trop de chance d’être adulte car on fait ce qu’on veut et qu’on décide de tout. Il n’a, bien sûr, pas conscience de tout ce qu’il se passe dans la tête des adultes avec le stress du travail, les problèmes d’argent, la gestion de la famille, les rendez-vous, les factures, et j’en passe… Pour lui, que son copain ne veuille plus jouer au foot avec lui dans la cour de récré représente son plus gros problème du moment. On a beau lui expliquer, avec son père, qu’être adulte n’est pas si merveilleux que ça et qu’il a bien le temps de grandir et de profiter, mais il reste persuadé que nous sommes chanceux. On lui dit que nous, parfois, on aimerait redevenir enfant, mais il ne nous comprend pas… Et en même temps, comment lui faire comprendre ? Il est bien trop petit et il faut encore le préserver. Nous aussi sommes passés par ce cheminement…

Sincèrement, j’ai l’impression que le temps passait lentement jusqu’à mes 18 ans mais qu’à partir du moment où je suis devenue majeure, il s’est accéléré d’un coup tellement je ne vois plus les années passer ! Je réalise que ma nièce, qui est née en 2005 va passer son permis et son BAC d’ici deux ans. Je me souviens du jour où ma sœur nous annonçait qu’elle était enceinte comme si c’était hier… Je n’arrive pas à y croire… Autre exemple avec mon chien, un golden retriever de 7 ans : Pour moi, c’est toujours mon bébé, mon chiot que j’ai eu quand il avait seulement 7 semaines. Plus les jours passent et plus je vois sa jeunesse s’envoler… Ça me rend triste de voir à quel point le temps défile et laisse des marques difficiles à accepter dans notre vie.

Il arrive toujours un âge où on fait le point. Beaucoup parle de la crise de la quarantaine. Je viens d’avoir 30 ans et j’avoue avoir vécu ce moment où l’on fait une rétrospective sur le passé se demandant si on est bien là où on pensait être. La réponse à cette question n’est pas toujours évidente, elle est souvent floue pour ma part. Si on m’avait demandé à 12 ans où je me voyais quand j’en aurais 30, je n’aurais rien dit de ce que je suis en train de vivre aujourd’hui. Pourtant, je n’ai pas de regrets. Il y a bien des choses que j’aurais aimé vivre différemment mais ces expériences là m’ont apporté une maturité qui fait celle que je suis aujourd’hui. Si le chemin avait été parfait à mes yeux, je ne suis pas sûre que la finalité, elle, l’aurait été. Je ne connaîtrais pas la moitié des personnes que je connais aujourd’hui et c’est impensable pour moi.

Mais comme le dit Orelsan : « c’qui compte c’est pas l’arrivée, c’est la quête » Il a raison. Ne retenons pas les marques du temps, profitons de celui que nous vivons, tout simplement.

Elo-Esperanza