LA FAUSSE-COUCHE

C’est le cauchemar de toute femme en désir d’enfant : la fausse-couche. En France, chaque année, on estime à 20 000 le nombre de fausses-couches, soit 15% des grossesses. Chez 1% des femmes, ces fausses-couches se répètent, sans qu’une cause soit toujours retrouvée. Un dysfonctionnement de l’endomètre, la couche superficielle de l’utérus où se niche l’embryon, pourrait alors être parfois en cause. Les fausses-couches précoces (soit moins de 14 semaines d’aménorrhée) du premier trimestre sont si fréquentes qu’une femme sur quatre y sera con­frontée dans sa vie. (Article du Figaro en cliquant ici). Elles se manifestent par des saignements inhabituels, souvent abondants, et des douleurs dans le bas du ventre (appelées douleurs pelviennes) semblables à des douleurs de règles.

Pour cette année 2020, je fais partie des femmes de ces statistiques… 

C’était en Juillet. A 1 semaine de mes vacances, j’apprends une nouvelle que je n’attendais plus. Je suis enceinte. Enfin ! Cette petite croix bleue tant rêvée sur ce foutu bâton en plastique est enfin là, sous mes yeux ! Je n’y crois pas…Je n’y crois pas tant on m’avait annoncé, 7 ans auparavant, qu’il me serait difficile de concevoir un enfant naturellement. Atteinte du syndrome des ovaires dystrophiques (SOPK), 70% des femmes rencontrent des difficultés pour concevoir un enfant. Mais là, ça y est, le miracle s’est produit, c’est donc possible car JE SUIS ENCEINTE ! 

Avec mon ex-mari, nous avions essayé de concevoir un enfant pendant 5 ans, sans succès. Après plusieurs examens, il a été révélé que lui aussi avait des soucis pour concevoir. On avait donc pas beaucoup de chance de notre côté. Nous avions contacté un centre de PMA (Procréation Médicalement Assistée), sous les conseils de mon gynécologue, pour nous aider à réaliser notre rêve. Je me souviens que j’avais été surprise non seulement par le temps d’attente pour avoir un rendez-vous mais aussi par le nombre incroyable de personne dans la salle d’attente le jour J. Il y avait donc tant de gens en difficultés pour avoir un enfant ! Nous sommes donc si nombreux ! Et si jeune pour la plupart ! … Y en avait-il autant avant, à l’époque de nos parents ou de nos grands-parents ? On ne m’enlèvera pas de la tête l’idée que notre génération « mal-bouffe », avec pesticides et alimentation industrielle remplie de perturbateurs endocriniens n’y sont pas pour rien dans tout ça.

A notre divorce, après avoir rencontré Romain, j’ai repris la pilule. Face aux effets secondaires et à la peur que ce processus chimique aggrave mon cas, face, aussi, à notre envie, d’avoir un enfant ensemble, Romain et moi avons décidé que j’arrête ma contraception au bout de 4 mois. 2 mois après cet arrêt, j’étais enceinte. 

Quelle joie je ressentais à ce moment-là !

Cela n’a pas été surprenant pour Romain. Mon compagnon a déjà un fils de 9 ans, il peut donc concevoir. Mais moi…moi je ne savais pas si je le pouvais. Et cette petite croix bleue m’a prouvé que j’étais apte à porter la vie. Après tant d’années de combat pour être mère, à en arriver à un point où la peur me broyait le ventre à l’idée de faire un test de grossesse qui s’avérera une énième fois négatif, à pleurer, aussi, les premiers jours de mes règles tant la déception était grande… Tout ceci est enfin terminé ! Mon rêve se réalise. Je suis enfin enceinte !

Dans ma tête, ça fuse ! Ça ne peut pas en être autrement. J’attends depuis trop longtemps. C’est la première fois que je suis enceinte. Je commence déjà à regarder mon ventre dans la glace, je réfléchis à une manière fun de l’annoncer à notre famille, je m’imagine portant mon bébé dans mes bras, je caresse déjà mon ventre…

Mais la joie fut de courte durée. 10 jours après l’annonce de ce miracle, alors que la prise de sang a bel et bien confirmé ma grossesse, je perds du sang. Et là, même si vous savez que cela peut être normal en début de grossesse, moi, je savais au fond de moi que ce n’était pas normal. Je ne sais pas si on peut dire que c’est l’instinct maternel, mais je savais déjà que ça ne sentait pas bon du tout… 
Je me suis effondrée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’en tremblais même. Mon rêve était en train de s’évaporer sous mes yeux, sans que je ne puisse rien faire pour le retenir. Pourquoi ? Pourquoi le sort s’acharne-t-il sur moi comme ça ? Pourquoi on m’empêche tant de devenir mère au point d’être sadique en me faisant une fausse joie comme celle-ci ?

Je me souviendrais toujours de la tête de Romain quand je lui ai annoncé que je perdais du sang… Il a tout fait pour me rassurer, ne pas me montrer son inquiétude et sa peine, mais son non-verbal avait parlé pour lui. Les pères sont souvent mis de côté dans ces épreuves. Il est vrai qu’ils sont moins concernés, ne vivent pas cette perte au plus profond de leur chair, au plus profond de leur corps… Tout cela reste abstrait pour eux, contrairement à nous, les femmes, qui donnons non seulement un petit bout de notre corps dans cette épreuve, mais également un bout de notre âme. Cependant, il ne faut pas minimiser leur peine pour autant. Ils le désirent tout autant que nous, cet enfant.

Quand c’est arrivé, nous étions en vacances en Suisse. Heureusement que j’avais la carte européenne de santé, sinon j’aurais dû avancer 1500€ aux urgences pour être prise en charge. On peut critiquer le système français, mais on est bien content de pouvoir se faire soigner gratuitement quand même.Bref… Je vous passerai les détails des multiples examens, des échographies, des prises de sang tous les 2 jours, puis toutes les semaines (entre temps je suis rentrée en France) pendant 1 mois jusqu’à ce que le taux d’hormones de grossesse disparaissent complètement de votre corps… Que votre rêve disparaisse complètement de la réalité. 


Vous vous posez 10 000 questions après une fausse-couche. C’est humain. J’ai même envie de dire : « c’est féminin ». Nous, les filles, on ne peut pas s’empêcher de se poser des questions tout le temps et sur tout. Alors après un événement comme celui-ci, c’est encore pire, car la culpabilité s’en mêle : « Qu’est ce que j’ai fait pour que le bébé ne s’accroche pas ? J’ai mangé un truc qu’il ne fallait pas ? J’ai reçu un coup ? C’est peut-être d’avoir dormi sous la tente ? Ou alors c’est la voiture…trop de trajets ? Ou alors c’est moi, c’est mon corps qui est mal foutu… » Les médecins ont beau me rassurer en me disant de ne pas culpabiliser, que je n’y suis pour rien, que si la fausse-couche a eu lieu c’est que l’embryon n’était pas viable. « Au contraire Madame, si vous avez fait une fausse-couche, c’est que votre corps fait bien son travail. Il a décelé une anomalie qui rendait votre bébé non viable, et il l’a expulsé. » Une fausse-couche, c’est dur à vivre, mais c’est signe que tout fonctionne. Mais ce n’est quand-même pas ce que l’on a envie d’entendre sur le moment. Et quand la culpabilité a tracé le chemin, c’est la colère qui l’emprunte : « Et puis, pourquoi ça m’arrive à moi ? Pourquoi les autres, elles y arrivent, elles, à faire des bébés ? Pourquoi les meufs qui tombent enceinte à 16 ans, elles ne font pas de fausses couches ? Pourquoi celles qui avortent, elles font pas de fausses couches non plus, puisqu’elles en veulent pas de leurs bébés ? Ce serait tellement plus logique. Pourquoi elles me donnent pas leurs bébés ? Moi je vais les porter. Je vais les aimer. Sans problème et avec plaisir. J’attends que ça ! » Mais je sais qu’elles-aussi, elles souffrent. Un avortement n’est pas facile à vivre non plus et beaucoup de femmes agissent sans en avoir réellement envie. Une personne dans cette situation m’a dit un jour, les larmes aux yeux : « Si tu savais comme je ferais tout pour te le donner ce bébé, si je pouvais… »

La vie nous semble si injuste dans ces moments-là…  Et en tant que croyante, si vous saviez à quel point j’ai crié à Dieu toute mon incompréhension face à Son injustice ! Si vous saviez la colère que j’avais après Lui…  Et je ne me gênais pas pour le Lui dire dans mes prières… Mais Il était là. Car Dieu ne laisse rien arriver au hasard. Il compatissait à ma douleur. Je crois qu’à travers cette grossesse, il a tout simplement voulu me rassurer et me montrer que je peux tomber enceinte, qu’Il fallait simplement que je lui fasse confiance et que je fasse preuve de patience…encore. Après tout, je n’ai que 29 ans. C’est jeune et pas si jeune en même temps. Quand on est une femme, notre horloge biologique nous rappelle souvent qu’elle n’est pas éternelle…

 Je ne parlerai pas des personnes qui se permettront de nous dire que nous n’étions pas vraiment enceintes, que ce n’était pas encore un bébé, qu’il n’était pas vraiment vivant. Ceux et celles qui se permettent de juger notre peine en nous disant qu’elle est démesurée car nous n’avions pas encore senti le bébé bouger dans notre ventre. « Pense à celles qui ont perdu un bébé a terme… » Bien sûr que j’y pense. Bien sûr qu’il y a toujours pire que nous ailleurs …. Dois-je faire taire ma souffrance pour autant ? Dois-je me persuader qu’elle n’existe pas, que tout ça c’est dans ma tête, que j’exagère comme une enfant gâtée ? Je pense sincèrement que ces personnes qui se permettent de juger et de dire cela n’ont jamais vécu de fausses-couches et ne se rendent pas compte du combat que l’on mène depuis des années pour avoir un enfant.

A ma grande surprise, ma douleur est passée assez rapidement. Enfin, en apparence. Car à l’intérieur, je me suis rendu compte que je me voilais la face. Je disais à tout le monde que je vivais bien ma fausse-couche. Mais en réalité, encore aujourd’hui, trois mois après, je suis toujours à fleur de peau et j’y pense tout le temps. Je réalise que je suis encore affectée par cette épreuve que maintenant, lundi 26 octobre, après avoir eu mes règles alors que j’avais 3 jours de retard (ça ne m’arrive jamais) et que j’avais un nouvel espoir de bébé qui naissait dans ma tête… A nouveau, je me sens incapable de concevoir, de devenir mère. A nouveau, je retrouve les mêmes sentiments que ceux ressentis au moment de ma fausse-couche. A nouveau, je jalouse toutes celles qui peuvent concevoir, qui sont enceintes ou qui viennent d’avoir un bébé. Dans la seconde qui suit, je culpabilise d’avoir ce genre de pensées… Dans ces moments-là, on devient contradictoire, partagée entre compassion, joie pour autrui et douleur de soi. Autant de sentiments difficiles à gérer pour mon corps et mon âme encore en souffrance. Hier soir, j’ai encore fondue en larmes.

« T’y penses trop. Lâche prise. » Me dit Romain . Mais comment ne pas y penser ? Que l’on m’explique comment une femme qui souhaite avoir un enfant, qui désire depuis toujours être mère, puisse ne pas penser à tomber enceinte à chaque rapport sexuel, à chaque fois qu’elle a ses règles ou à chaque fois qu’elle est en période d’ovulation ? Que l’on me donne le secret pour ne pas y penser une seule seconde durant ces moments-là. Car ça m’est impossible pour moi. Et si je retombe enceinte, comment ne pas avoir peur que l’histoire se répète ? Comment faire preuve de patience pendant les 3 premiers mois, soit, avant de sortir de la fameuse « zone à risque de fausse-couche » ? Et si, à part ça, il y a d’autres problèmes qui se rajoutent ? Et si… Et si… Et si…

Je ne souhaite cette épreuve à aucune femme en désir d’enfant…. La reconstruction n’est pas simple. Elle laisse des traces plus ou moins profondes selon notre passé. Les miennes sont encore à vif… Je les panse doucement.

Courage à vous toutes et tous (les papas aussi !) qui vivez ça ou bien qui l’avez vécu. Courage à vous toutes et tous qui vous battez pour avoir un enfant. Le chemin de la parentalité ne s’arrête pas à quelques minutes de câlins pour certains… il est parfois beaucoup plus long et surtout, bien moins glamour !

 On est ensemble. On garde espoir.

Je prie pour nous et me réjouis du jour où on s’annoncera, toutes, LA bonne nouvelle… 

Elo-Espéranza

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